EPAU Hocine Aït-Ahmed : Un demi-siècle d’avant-garde architecturale à Alger

Située au centre de la municipalité d’El-Harrach, l’École Polytechnique d’Architecture et d’Urbanisme (EPAU) ne prépare les futurs constructeurs. L’institution, véritable vitrine de béton et de lumière, incarne également l’histoire d’une Algérie souveraine, le legs des grands maîtres internationaux et une aspiration éducative constamment réactualisée. Rétrospective sur le cheminement d’une institution d’élite, désormais inséparable du nom du combattant Hocine Aït Ahmed.

Le récit de l’enseignement de l’architecture en Algérie est marqué par une histoire de transition et de conquête de souveraineté. Après l’indépendance en 1962, le pays a hérité d’une structure coloniale, l’École supérieure des beaux-arts d’Alger, dont le programme s’efforçait déjà, avec plus ou moins de succès, de concilier les approches locales et européennes. Cependant, l’exode massif des cadres crée un grand vide pédagogique. La flamme est entretenue grâce à l’influence de figures emblématiques telles que le peintre Bachir Yellès et l’architecte Abderrahmane Bouchama. À cette période cruciale, l’éducation est toujours en phase de recherche, fluctuante entre la tradition des Beaux-Arts et l’exigence pressante d’établir un cursus technique adapté aux enjeux de la reconstruction nationale.

L’année 1970 constitue un point de basculement. Par le décret du 14 octobre, l’enseignement de l’architecture se sépare officiellement des Beaux-Arts pour obtenir son indépendance. C’est le début de l’EPAU. Pour réaliser cette vision, l’Algérie sollicite l’expertise d’un grand nom de l’architecture internationale : le Brésilien Oscar Niemeyer. En restant fidèle à son approche qui combine une structure simple et un espace fluide, Niemeyer imagine un édifice s’inspirant du CEPLAN de Brasilia. L’agencement du site met en valeur des patios intérieurs qui encouragent la communication entre les étudiants tout en offrant une intimité favorable à la pensée. Ce contexte construit, qui est à la fois économique et audacieux, se transforme sans délai en un véritable laboratoire en plein air pour les premières promotions.

Au fil des décennies, l’école s’est nourrie de l’apport d’enseignants d’exception. Des figures comme Jean-Jacques Deluz et André Ravéreau ont marqué des générations d’architectes par leur rigueur intellectuelle et leur passion pour le territoire algérien. Deluz, en particulier, jouera un rôle clé dans l’évolution physique de l’établissement. Dans les années 1980, face à l’explosion du nombre d’étudiants, il est chargé d’une extension majeure. Son intervention réussit la prouesse de densifier l’espace tout en respectant l’harmonie originelle de Niemeyer, créant un dialogue fécond entre deux visions architecturales distinctes.

D’un point de vue éducatif, l’EPAU a su se transformer pour se conformer aux standards internationaux et aux exigences du marché local. Sous le contrôle du décret de 2016, cette institution se classe comme école supérieure, proposant un programme d’excellence qui mène au diplôme d’État d’architecte. La formation, basée sur un équilibre entre théorie, pratiques de projet et sciences techniques, prépare les étudiants aux domaines de l’urbanisme, de la conservation du patrimoine et du design durable. La volonté de combiner la construction et la recherche scientifique est manifeste à travers l’intégration de laboratoires de pointe tels que le Laboratoire des Matériaux de Construction (TMC), achevé dans les années 2000.

Depuis 2016, l’institution porte le nom de Hocine Aït Ahmed. Ce rite de passage, fortement symbolique, associe désormais l’avenir de l’établissement à l’une des personnalités les plus vénérées de la Révolution algérienne. Ce choix met en évidence l’objectif de l’EPAU : éduquer des citoyens conscients de leur passé, aptes à tracer les lignes d’une Algérie contemporaine. Dans ses locaux où le béton converse avec le ciel d’Alger, l’établissement persiste à nourrir ce sens de la liberté et de l’innovation qui a guidé sa fondation, consolidant son statut de pionnier en matière d’éducation architecturale au Maghreb et sur le continent africain…

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