«La réforme du foncier est une bonne voie, mais la mise en œuvre reste le véritable défi» Frederic Yameogo, President Des Gilets Verts

Créée en 2020, l’association Les Gilets Verts s’est donné pour mission d’accompagner les populations face aux nombreuses difficultés liées au foncier et à l’accès à un logement décent. Dans cet entretien, son président, Frédéric Yaméogo, analyse les réformes engagées par l’État burkinabè, revient sur la nationalisation du foncier, la promotion immobilière, les logements sociaux et la numérisation du cadastre, tout en formulant des recommandations pour une meilleure prise en compte des réalités des populations.

Home Magazine: Pourriez-vous présenter brièvement l’association des Gilets Verts et insister sur votre mission principale aujourd’hui?

Frédéric Yaméogo: Les Gilets Verts, c’est un mouvement associatif qui existe depuis fin juin 2020 et dirigé actuellement par un bureau exécutif national de sept membres qui s’appuie sur onze bureaux installés dans les différents arrondissements de Ouagadougou. Nous comptons environ 143 membres. Cependant, nos activités n’ont débuté que quelques mois plus tard, après notre naissance officielle. Nous avons aussi pour ambition de couvrir le territoire national. Nous avons pour mission principale de contribuer à trouver des solutions aux problèmes du foncier et de l’immobilier que rencontrent les populations et aussi de faciliter l’accessibilité à un logement décent. Mais il n’est pas exclu aussi que nous puissions intervenir dans les autres secteurs de la vie tels que l’éducation, la santé, l’environnement. Si le besoin se fait sentir, si nous sommes appelés, nous pouvons intervenir à ce niveau.

Comment l’association a-t-elle évolué depuis sa création face aux multiples crises du foncier au Burkina Faso?

Effectivement, il y a eu de multiples crises, des changements. Nous essayons de nous adapter et nous adaptons nos activités, nos actions en fonction de l’évolution de la société. Ça veut dire que dès le début, nous avions commencé à être présents dans les zones à habitat spontané, les non lotis. Et on a vu qu’au fur et à mesure, le problème était un peu général. Nous avons alors essayé d’étendre nos ramifications dans les différents arrondissements. Voilà pourquoi nous ambitionnons de couvrir tout le territoire. Donc, nous essayons d’évoluer en fonction des réalités du moment et de chercher des partenaires qui pourront nous accompagner dans l’atteinte de nos objectifs.

Et quel genre de partenaires souhaitez-vous avoir?

Les associations qui travaillent comme nous et qui ont la même vision que nous, c’est-à-dire contribuer à ce que les populations aient accès à un logement décent. Il y a aussi le monde judiciaire qui pourrait nous épauler quant à la résolution des crises que nos populations rencontrent et pour lesquelles elles s’adressent à nous. En somme, des juristes, des avocats pour défendre les intérêts des personnes qui viennent vers nous. Nous ne pouvons pas aider financièrement, mais nous pouvons le faire techniquement. On peut conduire ces personnes-là vers des personnes habilitées à trouver des solutions à leurs problèmes spécifiques ou d’ensemble.

Quels sont les principaux combats que vous menez actuellement sur le terrain?

Actuellement, sur le terrain, nous avons des missions de sensibilisation, c’est-à-dire que nous partons vers les populations pour leur expliquer le bien-fondé de pouvoir préserver les terres que nous possédons parce que nos enfants en pâtiront si nous les dilapidons. Nous travaillons aussi à assainir notre cadre de vie, à mettre l’assainissement au cœur de notre vie quotidienne. Nous faisons des conférences et menons des activités d’intérêt général.   Nous accompagnons aussi les personnes qui s’adressent à nous pour les aider à avoir des documents administratifs. Il arrive que certaines personnes ne sachent pas à qui s’adresser. Donc, si quelqu’un vient vers nous pour un problème de titre foncier, pour différents papiers qui ont trait au foncier ou à l’immobilier, nous pouvons faire des démarches avec cette personne pour qu’elle puisse avoir accès à ces documents.

Comment appréciez-vous globalement les efforts du gouvernement pour assainir le secteur du foncier?

Globalement, il y a beaucoup d’efforts qui sont faits et il faut le reconnaître. Nous avons vu, au fil des années, l’adoption de la loi sur la promotion immobilière et la prise de décrets d’application, la mise en place de certaines structures. Nous pouvons citer l’Autorité nationale de coordination du foncier, l’Office national de contrôle des aménagements de construction qui abat vraiment un grand travail. L’État, à travers le ministère en charge de l’urbanisme et de l’habitat, essaie de juguler les différentes difficultés afin que cette loi puisse être mise en application. Nous pensons que c’est déjà un grand pas. Nous souhaitons que l’Etat puisse aussi associer à ce travail les différentes structures associatives qui luttent ou qui travaillent dans ce sens afin que nous puissions à notre tour voir comment est-ce que nous pouvons accompagner ces actions du gouvernement au profit de la population.

Parmi toutes ces mesures, quelle est celle qui a le plus retenu votre attention?

Il y en a plusieurs. Mais nous allons parler de la délivrance spéciale des autorisations ou des permis d’urbain d’habiter à des personnes qui ont acquis des terrains avec des promoteurs immobiliers parce que cela a fait couler beaucoup d’encre et de salive en son temps. On ne savait pas ce qu’il fallait faire avec les attestations que les promoteurs remettaient. Donc la prise du décret en question est une bouffée d’oxygène pour ces différentes personnes parce que ça permet à chacun de pouvoir donner de la valeur à son terrain. Et comme on l’a dit, c’est progressif. Tout n’est pas pris en compte, mais l’État avance au fur et à mesure. Et nous aussi, c’est dans cette optique que nous nous demandons à l’État de toujours tenir compte de ses engagements et des différentes propositions qui sont faites.

La loi n 008-2023 du 20 juin 2023 visant à assainir la promotion immobilière est-elle, selon vous, la solution définitive aux dérives constatées par le passé?

Nous pensons que c’est une bonne voie. Et, c’est la solution du moment. D’une part, elle permet de mettre un terme à la vente de terrains nus, principalement par les promoteurs. D’autre part, ça va permettre de faire un tri quant aux différents promoteurs immobiliers parce que certains se cachaient derrière la vente de terrains pour pouvoir s’enrichir. Au fur et à mesure, d’autres solutions pourraient voir le jour mieux réaffirmer cet engagement pris par l’État.

Le gouvernement a récemment délivré des agréments à seulement 28 promoteurs immobiliers. Ce chiffre vous paraît-il rassurant ou restrictif pour le marché du logement?

C’est déjà un bon pas. Comme on l’a dit, il s’agit de faire le tri parmi les différents promoteurs qui sont sur le marché du logement. Ce que ce que nous souhaitons, c’est que cela aille vite. Mais nous constatons une certaine une lenteur. Parce que, quand on observe bien, on remarque que ces promoteurs sont sollicités pour la construction des infrastructures, des projets de l’État. Or eux aussi ont leurs projets de construction. Ce qui veut dire qu’ils sont doublement sollicités. Donc cela fait que les réalisations que nous attendons sont très, très lentes. Ce chiffre de 28 promoteurs, on ne peut pas dire qu’il est restrictif ou rassurant. Nous pensons qu’au fur et à mesure, certains promoteurs pourraient encore venir augmenter le nombre s’ils réunissent les conditions édictées. Et l’État pourra peut-être voir également, si la caution fixée à 250 millions de francs CFA, n’est pas un peu élevée pour tous les promoteurs. Car le nombre de 28 promoteurs pour le territoire national, c’est un peu limite, limite.

La nationalisation du foncier est un tournant majeur. Comment les populations que vous accompagnez perçoivent-t-elles ce retour de la terre dans le giron de l’État?

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