Fraude sur les matériaux de construction :  un coup dur pour l’économie

Le secteur immobilier en Afrique de l’Ouest connaît une croissance significative, portée par l’urbanisation, la croissance démographique et le développement des infrastructures. Dans ce secteur, le choix des matériaux de construction joue un rôle clé dans la qualité et de la stabilité des bâtiments. Les matériaux comme le béton, le fer et le bois restent fondamentaux dans cette région. Cependant, les normes et pratiques guidant leur utilisation ne sont pas toujours respectées, ce qui affecte la durabilité des infrastructures et l’économie des pays.

Selon le cabinet 6Wresearch, la taille du marché africain des matériaux de construction devrait enregistrer une croissance de 6,8 % au cours de la période 2024-2030. La demande croissante de matériaux de construction est motivée par plusieurs facteurs, notamment l’urbanisation rapide, l’augmentation des investissements dans le développement des infrastructures et la croissance démographique. La population urbaine africaine devrait doubler pour atteindre 1,2 milliard d’ici 2050, augmentant ainsi le besoin de logements abordables, de bâtiments commerciaux et d’infrastructures.

En outre, l’accord sur la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) devrait accroître les échanges commerciaux entre les pays africains. Il créera ainsi des opportunités de construction, en augmentant la demande de matériaux de construction. Ce qui contribuera à la croissance du marché africain des matériaux de construction. Malgré les perspectives de croissance, le marché est confronté à plusieurs défis tels qu’une infrastructure inadéquate, le manque de disponibilité de matériaux de construction rentables, la corruption et des conditions politiques instables.

Des normes différentes

Le béton est un matériau essentiel dans la construction en raison de sa polyvalence et de sa durabilité. En Afrique subsaharienne, l’adoption de normes en matière de béton s’aligne souvent sur les codes internationaux comme ceux de l’American Concrete Institute (ACI) ou du Comité européen de normalisation (CEN). Le bois est un autre matériau de construction largement utilisé en Afrique de l’Ouest, en particulier pour les bâtiments résidentiels et les toitures. La région dispose de diverses ressources en bois, mais l’absence de normes complètes rend difficile la garantie de pratiques de construction durables et sûres.

Des difficultés persistent pour adhérer uniformément à ces normes dans toute l’Afrique subsaharienne. Des ressources limitées, des infrastructures inadéquates et des niveaux d’expertise variables contribuent aux incohérences dans la qualité des matériaux et les pratiques de construction. De plus, des facteurs locaux tels que la disponibilité des matières premières et les conditions climatiques influencent la conception des mélanges de béton et les techniques de construction.

De nombreuses irrégularités

Le secteur des matériaux de construction en Afrique est confronté à plusieurs irrégularités. Parmi celles-ci, on note la contrefaçon et la falsification des matériaux, qui entraînent des risques pour la sécurité, la santé et l’environnement. Par exemple, certains ciments sont mélangés avec du sable ou de la chaux pour augmenter leur volume, ce qui réduit leur résistance et leur durée de vie.

Un autre cas récurrent est le non-respect des normes et des réglementations en vigueur, qui compromet la fiabilité et la traçabilité des produits. A titre illustratif, certains matériaux ne sont pas soumis à des contrôles de qualité ou à des certifications, ce qui rend difficile leur identification et leur vérification.

Ces irrégularités ont des conséquences négatives sur le développement du secteur immobilier en Afrique, qui est un moteur de la croissance économique et sociale du continent. Elles réduisent la qualité et la durabilité des infrastructures, augmentent les coûts et les délais de réalisation.

Un coût économique élevé

L’utilisation de matériaux de mauvaise qualité entraîne des coûts de maintenance et de réparation plus élevés, ainsi qu’une réduction de la durée de vie des infrastructures. Une étude menée au Ghana par la Banque africaine de développement (BAD) a montré que la qualité des routes était fortement corrélée à la consommation de carburant des véhicules. L’étude montre que l’amélioration de la qualité des routes pourrait réduire la consommation de carburant de 10 à 15 %.

Les dégâts économiques de l’utilisation des matériaux de construction frauduleux se traduisent par une baisse de la confiance des acheteurs, des investisseurs et des bailleurs. Au Burkina Faso par exemple, le rapport annuel 2020 du ministère de l’immobilier et du développement urbain (MIDU), indique que le nombre d’offres immobilières avait augmenté de 12 % en 2020 par rapport à 2019. Toutefois, le nombre de transactions avait diminué de 8 % au cours de la même période.

En outre, l’utilisation de ces matériaux frauduleux affecte la compétitivité et la rentabilité des entreprises de construction. Les coûts supplémentaires liés à la maintenance, à la réparation ou à la démolition des bâtiments contribuent à réduire la valeur ajoutée et le chiffre d’affaires des entreprises, ainsi que leur capacité à innover et à se diversifier.

La nécessité d’améliorer les normes des matériaux de construction

L’amélioration des normes des matériaux de construction en Afrique nécessite des efforts conjoints entre les gouvernements, les organismes de réglementation, les parties prenantes de l’industrie et les organisations internationales. Pour améliorer le cadre de réglementation, il urge d’harmoniser les normes. La collaboration entre les pays doit être renforcée pour développer des codes standardisés, qui tiennent compte des conditions locales.

Les autorités de chaque pays devraient introduire des programmes de formation pour sensibiliser les professionnels de la construction, les artisans et les responsables de la réglementation sur les bonnes pratiques. Enfin, il est important de soutenir les initiatives de recherche pour innover dans les matériaux de construction, améliorer les techniques de production locales.

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